En route, de Rio à Tokyo

Alexandre Boyon : Fiers de ce que nous avons fait à Rio

Publié le 27/12/2016 dans la catégorie Interviews

Kevin planchant depuis un bon moment sur l'année médiatique du handisport, nous avons eu la belle opportunité d'avoir pu nous entretenir avec Alexandre Boyon. Ce qui devait ne durer qu'un quart d'heure s'est transformée en une discussion des plus intéressantes et lucides sur la médiatisation du handisport, et ce journaliste reconnu dans le landerneau paralympique a largement débordé du cadre à notre grande joie. Retour sur une interview sans langue de bois.

ERPT : Quand vous vous retournez sur les Jeux Paralympiques de Rio, quel bilan en tirez-vous ?
Alexandre Boyon : Cela fait 25 ans que je fais ce métier, et je peux vous dire que nous n'avons jamais eu autant de retours positifs. Et pas seulement du public, nous avons aussi été félicité en interne par des journalistes et reporters des autres services (information). Je suis très fier de ce que nous avons fait à Rio !

ERPT : A quoi attribuez vous cette réussite ?
Alexandre Boyon : Les raisons sont multiples. Tout d'abord France Télévision a joué le jeu avec plus de 8 h de diffusion en direct chaque jour, quasiment 100 heures sur l'intégralité des Jeux. En plus, dès 22H30 sur France 2, cela a apporté une grosse visibilité.
Ensuite, nous avons pu nous entourer de consultants à la fois compétents et de très haut niveau. Ces anciens athlètes handisports ont pu apporter une vraie touche aux commentaires. Quand de plus vous avez un Stéphane Diagana sur l'athlétisme, qui a travaillé comme un fou à préparer ces jeux et qui était demandeur, vous apportez un degré de crédibilité supplémentaire aux yeux des téléspectateurs.

ERPT : Commente t'-on de la même manière les Jeux Paralympiques et les Jeux Olympiques ?
Alexandre Boyon : Oui même si il y a une spécificité pour les paralympiques. Nous avons estimé, avec Patrick Montel, qu'il était indispensable d'expliquer les catégories de handicap pour que les gens aient les clefs pour comprendre. Quand en natation, vous avez deux courses qui se succèdent de catégories différentes mais avec des personnes de petite taille à chaque fois mélangés à d'autres nageurs, il faut expliquer, cela a été très bien fait, les gens nous le disaient.
Sinon, c'est exactement pareil. Quand on parle de l'histoire d'un handisportif pendant une compétition, on fait exactement la même chose avec un sportif valide. On a commenté des performances sportives, point. Le résultat a été au rendez-vous, les téléspectateurs parlant beaucoup plus de l'aspect sportif que de l'aspect handicap. Pari gagné !

ERPT : Comment avez-vous perçu l'ambiance sur place ?
Alexandre Boyon : On va déjà rappeler que les Jeux Paralympiques en terme de nombre de participants, est la troisième compétition la plus importante après les Jeux Olympiques et les Jeux du Commonwealth. Je trouve qu'on est sur l'esprit originel des Jeux avec énormément de confraternité entre les athlètes. Et d'un point de vue médiatique, c'est génial, les sportifs sont disponibles à l'image d'un Michaël Jeremiasz qui a envahit la scène, même si il existe quelques sportifs qui ne jouent pas le jeu. Proportionnellement, ils sont quand même moins nombreux qu'autre part.

ERPT : Et d'un point de vue sportif ?
Alexandre Boyon : Énormément de records du monde ont été battus lors de ces jeux et cela s'explique par deux raisons particulières. Tout d'abord en natation par exemple, le niveau technique a énormément évolué, celui de la préparation aussi, forcément c'est encore un sport jeune donc il progresse. Et d'un niveau technologique également avec par exemple des lames plus performantes, ce qui n'enlève rien au niveau des athlètes.

ERPT : Comment expliquer qu'il ait fallu attendre 2012 et Sotchi pour vivre un succès comme celui là en France ?
Alexandre Boyon : Je pense que nous avons du retard sur la perception du handicap dans notre société de manière assez générale. On est en train de le combler mais c'est un processus de longue haleine, pour le sportif ou pour les autres aspects sociétaux. Les mentalités évoluent doucement mais sûrement. Les gens doivent comprendre que l'on va être de plus en plus confronté à cet état de fait, avec la progression de la perte d'autonomie des personnes âgées par exemple. Nous pouvons tous être confronté et concerné par le handicap.
Un autre exemple pour montrer qu'il faut faire évoluer les mentalités. En France, seulement 1 % de la population en situation de handicap est dans un club sportif contre….. 25 % en Chine.

ERPT : Quelles sont les pistes à explorer pour médiatiser encore plus le handisport ?
Alexandre Boyon : Chez France Télévision, les choses se font naturellement. Par exemple dans le générique de Tout le Sport (NDLR :TLS pour les puristes) on voit un basketteur Fauteuil et un athlète amputé. Un autre exemple de notre engagement, France Télévision a reçu trois « Micros d'or » pour des reportages « handisport » diffusés avant les jeux. Maintenant, il faut être aussi pragmatique. On ne fera pas aimer aux gens tous les sports. En France, les gens aiment le foot c'est comme ça, on ne peut pas y faire grand-chose. Et puis ne tombons pas dans les polémiques stériles. Je peux vous assurer que chez France Télévision, il n'y a pas moins de moyens pour les filles que pour les hommes, ou que pour le handisport. A une certaine époque on parlait beaucoup de Marie-Jo Perec ou de Jeannie Longo, comme on parle de Marie-Amélie Le Fur maintenant.

ERPT : Cela passe t'-il par l'émergence de « stars » handisportives ?
Alexandre Boyon : Mais elles existent déjà. Et elles s'exposent déjà bien. Quand on voit le mouvement autour de Philippe Croizon, de Michaël Jeremiasz ou encore de Grégory Cuilleron qui a fait un animateur génial pour Blog Handicap à Rio cela va dans le bon sens. Marie Amélie Le Fur fait aussi beaucoup comme « La Reine des Neiges » Marie Bochet. Et ce n'est pas fini, vous allez entendre parler d'Arthur Bauchet, ce skieur de 16 ans est un futur très grand.
Certaines choses peuvent être un peu améliorées. J'ai par exemple demandé à Michel Vion, le patron des équipes de France valides, que la présentation de ces équipes l'année prochaine se fassent avec celles « handisports ». Tous les grands médias seront là en année Olympique, la cérémonie serait à peine plus longue et l'exposition bien meilleure. Il m'a promis de réfléchir à la question.

ERPT : Et où peut se situer l'évolution en terme sportif ?
Alexandre Boyon : Je pense que les fédérations valides devraient s'occuper des handisportifs au sein de leurs organisations, et il faudrait inclure plus de compétition handisport dans les compétitions valides. Tout le monda aurait à y gagner. Il y a bien sûr des spécificités, mais quand on voit que Sandrine Martinet s'entraîne avec des valides, ou que David Smétanine a le même entraîneur que Jordan Pothain, je me dis que c'est possible.
L'état vient d'accorder un million d'Euros supplémentaire pour la préparation des athlètes handisport, et l'ouverture plus grande de l'INSEP à ces sportifs, tout cela va aussi dans le bon sens.

ERPT : Pour finir, qu'est ce que va nous réserver Pyeongchang en terme de couverture médiatique ?
Alexandre Boyon : Pour le coup cela risque d'être très difficile. Pour nous, européens, c'est quasiment le pire créneau horaire. Les compétitions, avec le décalage horaire, vont débuter en pleine nuit, au petit matin. A cela on ajoute que ce sera en dehors des vacances scolaires, que l'hiver, on est forcément tributaires de la météo et que la France ne sera présente que dans les épreuve « de neige ». On fera bien évidemment le maximum !
Pour Tokyo, il va falloir que l'IPC soit forte dans ses demandes. Il faudra éviter certains couacs de Rio avec la non réalisation et la non diffusion de certaines épreuves. Malheureusement, quand je vois que les budgets baissent, je ne pense pas que ce soit en faveur des Jeux Paralympiques.

Un énorme merci à Alexandre Boyon pour sa franchise et son enthousiasme au cours de cette entretien !

 

Fabien d'ERPT

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