En route, de Rio à Tokyo

Sami El Gueddari : Nous nous sommes mis au service des athlètes

Publié le 30/12/2016 dans la catégorie Interviews

Pour le nouvel épisode de notre série concernant la médiatisation du handisport et des handisportifs, nous avons eu l'énorme privilège de recevoir Sami El Gueddari. L'ancien nageur handisport est revenu avec nous sur son rôle de consultant à Rio sur les antennes de France TV mais nous a aussi donner des clefs sur le futur de la discipline en France.
Retour sur un entretien sans faux fuyant mais avec beaucoup de respect et d'humilité.

PERCEPT : Tout d'abord, comment as-tu été contacté pour entrer dans la team des consultants de France TV pour les paralympiques ?
Sami El Gueddari : C'est Xavier Bachimont, responsable de la communication à la Fédération Française Handisport qui est venu me demander si cela pouvait m'intéresser. Je suis parfois assez critique envers ce qui avait été fait médiatiquement parlant pour les Championnats du Monde d'Athlétisme de Lyon et de Doha, c'était l'occasion de prouver ce que je voulais faire. J 'ai ensuite rencontré les gens de chez France TV et comme ça a matché tout de suite entre nous, je me suis retrouvé dans cette belle aventure.

 

 

ERPT : Comment se prépare t'-on à ce genre d'exercice ?
Sami El Gueddari : Tout d'abord, il fallait appréhender ce que pouvait représenter une présence plateau pendant 9 heures consécutives, ce que l'on pourrait dire, pendant combien de temps, etc.… Ensuite, pendant 6 semaines, j'ai fait un gros boulot sur les classifications, il y en a plus de 150 à connaître, sur les règlements spécifiques à chaque sport et sur les athlètes eux mêmes, leur mode de préparation, leur handicap, etc....Responsable des filières jeunes et espoirs à la FFH et ancien compétiteur, je connaissais déjà quasiment toute l'équipe de France, mais je ne voulais surtout pas commettre d'impair, tout allant très vite maintenant dans le domaine de l'information. J'ai préparé mes fiches consciencieusement et structuré tout ça pour ne pas me perdre en longues explications quand je passais à l'antenne.

ERPT : A l'antenne justement, comment cela s'est il passé ?
Sami El Gueddari : Très bien ! Les commentateurs de France TV avaient bien conscience des lacunes qu'ils pouvaient avoir concernant le handisport et se sont bien appuyés sur nous à certains moments. A d'autres, c'étaient plutôt eux les béquilles. Les aléas du direct, je ne connaissais pas, et puis j'ai découvert l'autre côté de la barrière quand on n'avait pas les images prévues. Je me suis rendu compte à Rio que ce n'était pas parce qu'on voulait voir des images qu'on le pouvait forcement.
Et puis j'ai été absolument bluffé par les performances de Stéphane Diagana. Il a fait un énorme travail en amont et ses explications de la biomécanique des athlètes sur leurs épreuves étaient très réussies. Lucie Décosse a aussi décrypté parfaitement la compétition de Judo même si il n'y avait « que » deux tricolores sur les tatamis.

ERPT : As-tu été surpris par le succès des audiences ?
Sami El Gueddari : Paradoxalement, je n'y pas vraiment pensé. Je voulais juste ne pas commettre d'erreur. L'objectif était de vraiment donner l'envie aux téléspectateurs de s'intéresser aux Jeux. Il fallait leur donner le cadre de la compétition pour qu'ils puissent comprendre par exemple qu'un Timothée Adolphe courant 21 secondes aux 200 mètres est une performance exceptionnelle même pour le commun des mortels. Je pense que nos explications sur les catégories ont permis au public de comprendre l'équité des performances, comme avec les catégories de poids dans certains sports valides. Ce n'est pas parce qu'un lutteur gagne en moins de 80 kilos qu'il est moins bon que celui qui gagne en toutes catégories.

ERPT : Comment expliques tu ce succès ?
Sami El Gueddari : On a planté un décor, les gens se sont concentrés ensuite sur les performances sportives. En plus notre équipe de France était plutôt de bonne facture avec des histoires à raconter, cela a plu. Nous avons fait très attention à ne pas tomber dans le pathos, mais je pense que les gens ont du être émus devant le titre de Fabien Lamirault au Tennis de Table, en voyant comment un tétraplégique pouvait évoluer à une table. Et puis c'est une vraie compétition de très haut niveau, nos spectateurs se sont bien rendu compte qu'on était pas dans l'image d'une grande kermesse du handicap où on distribue des médailles à tout le monde. Comme chez les valides, on a aussi pu expliquer pourquoi la 4 ème place de Charles Rozoy, mon colocataire de chambre à Londres, était un très bon résultat malgré l'absence de médaille.

ERPT : A titre personnel aussi tu as connu un grand succès. Comment l'as-tu vécu par rapport à ta carrière d'athlètes où tu n'avais sans doute pas eu la même notoriété ?
Sami El Gueddari : Je n'ai aucun regret, absolument aucun. Quand j'étais nageur je ne recherchais pas la médiatisation, j'étais dans mon truc, point. En plus, quand je nageais, je devais me concentrer sur 4 épreuves au maximum, là on était à l'antenne pendant 9 heures et tous les jours. J'avoue que j'ai retrouvé l'adrénaline de l'athlète que j'étais, mais sincèrement mon cas importe peu. Nous étions au service des handisportifs et j'étais super heureux de voir la médiatisation monter pour eux. Ce sont eux les dépositaires de leurs performances, pas nous.

ERPT
 : Et pour l'avenir médiatique, Rio a t'-il été un tremplin ?

Sami El Gueddari : Je ne me fais aucun souci la dessus. De toute façon le chemin est long mais ça suit son cours. Sotchi avec Michaël Jérémiasz, entre autre, a été une belle rampe de lancement. On a pu passer à une vitesse encore supérieure, et la flamme n'est pas prête à s'éteindre. Je suis même optimiste pour PyeongChang, on va faire les choses bien c'est certain. Tu sais, quand France TV s'est tourné vers 2018 dès Rio, c'est que la volonté est là. Bien sûr qu'il faudra s'adapter en faisant peut-être que du différé, mais on est dans les starting blocks.
Il faut aussi regarder ce qu'il se fait ailleurs. La référence, Channel 4, ne fait pas que du direct tout le temps. Ils ne retransmettrons pas les Championnats du Monde de Nation à Mexico par exemple, mais ils font très régulièrement des portraits de champions comme nos « Les Supers Héros » d'avant Jeux. Je pense sincèrement que c'est une bonne méthode, raconter des histoires vraies de sportifs, ça fonctionne bien.

ERPT : Et en terme de développement de la pratique du handisport dans l'hexagone ?
Sami El Gueddari : Et bien on a connu un gros frémissement dans nos clubs, nos comités départementaux et régionaux. Des personnes n'osant pas franchir la porte des clubs se sont dits : « Pourquoi pas moi ? ». Et puis, il me semble peut-être plus facile maintenant de convaincre les parents des jeunes à fort potentiel de s'inscrire dans des structures de haut niveau. Il y a moins de crainte de voir son enfant se perdre pour un avenir incertain. Je leur explique que de toute façon, une participation aux Jeux, personne ne leur enlèvera à vie ! Bien sûr qu'on est sérieux et qu'on les suit aussi dans leurs études, mais s'il faut pouvoir parfois sacrifier une année pour la pratique de son sport, il faut le faire ! Et puis très franchement, chez les valides un athlète de haut niveau avec des bagages n'a pas trop de mal à s'insérer dans le monde professionnel. Pourquoi ce serait différent chez les handisportifs ? Au contraire, les entreprises avec l'obligation d'employer des personnes en situation de handicap sont à la recherche de ces profils de compétiteurs, de gens qui ont pu surmonter déjà tant de difficultés.
Maintenant les décideurs politiques, comme d'autres, commencent à comprendre qu'un athlète a besoin de bien se préparer pour les grandes échéances. Ce n'est pas facile, on ne devient pas champion paralympique uniquement parce qu'on l'a dit. Timothée Adolphe pour se préparer a besoin d'un entraîneur spécifique et de plusieurs guides….

(ERPT : Même si nous sommes d'habitude plutôt humbles dans notre manière d'apporter notre petite pierre à l'édifice de la reconnaissance du handisport français, nous ne pouvons que diffuser la fin de notre entretien )

Sami El Gueddari : Je voulais vous adresser un grand merci pour votre dynamisme sur les Jeux de Rio. Votre équipe fait un super boulot pour comprendre et faire comprendre le handisport. Vous ne vous contentez pas de donner des résultats bruts, vous faites connaître les acteurs du handisport en France et c'est important. J'espère que vous continuerez ainsi.

La réponse est bien entendu 10 000 fois oui ! Nous en profitons pour remercier tous ces sportifs qui nous accordent leur confiance, une partie de leur temps et beaucoup de pédagogie (et oui nous n'estimons pas tout savoir) pour que le site vive bien toujours dans le but de partager notre passion avec le plus grand nombre.

Joyeuses fêtes à tous et on se retrouve en 2017 avec toujours plus de portraits, d'analyse d'événements et de découvertes.

 

Fabien d'ERPT

Crédit photo : Capture d'écran France Télévision

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