En route, de Rio à Tokyo

Thomas Bouvais le compétiteur

Publié le 19/01/2017 dans la catégorie Interviews

Il y a parfois des rencontres, même si elles sont téléphoniques, qui vous marquent pour des raisons qui vous dépassent. Celle que nous avons faite avec Thomas Bouvais en fait partie. Avouons que ça faisait quelques temps déjà que nous en avions envie, nous avions énormément de questions en réserve sur son cas depuis Rio. A 25 ans, celui qui fut une des « égéries » de la campagne de communication pré-jeu de la Société Générale, a accepté de revenir sur son parcours atypique et attachant, tout comme le sportif d'ailleurs.

 

             

ERPT : Comment passe t'-on en quelques années d'un touche à tout à une double présence aux Jeux Paralympiques (Londres puis Rio) ?

Thomas Bouvais : Enfant, il est vrai que j'ai fait beaucoup de choses. Du théâtre, de la batterie, du Badminton, du Foot le tout assidûment. Je ne m'interdisais rien que ce soit au collège de Gaillon sur Montcient (78) ou en club. J'ai du arrêter le foot en catégorie U13, le terrain devenant trop grand pour moi et puis avec la différence de gabarits des joueurs de mon âge cela aurait pu être dangereux. Je me suis décidé alors à me lancer à fond dans le tennis de table, et donc d'arrêter mes autres passions, je n'avais plus le temps. Et puis tout mon entourage s'est pris au jeu, et j'ai progressé dans mon club d'Eaubonne (95) et c'était parti.


ERPT : Pour être sûr de comprendre, le tennis de table, ce sport qui se pratique principalement en camping une bière (à consommer avec modération, l'abus d’alcool est dangereux pour la santé) à la main nécessite de l'entraînement ?

Thomas Bouvais : Un petit peu…. Plus sérieusement, avant Londres, je m'entraînais au minimum une fois par jour, et même deux séances pendant 3 jours. Malheureusement, pendant la paralympiade de Rio, j'ai eu plusieurs blessures et opérations qui m'ont forcé à ralentir le rythme. Je m'entraînais tous les jours mais sans double séance, et en stage je limitais les entraînements à 3 h par jour.

 

ERPT : Tes soucis sont-ils du à ton handicap ?

Thomas Bouvais : Oui, je suis atteint d’achondroplasie, et une des conséquences de cette maladie est que j'ai les muscles tendus, crispés. Donc quand on rajoute la pratique intensive du sport par dessus, cela peut générer des problèmes. J'ai, par exemple, disputé les jeux de Rio avec une fracture de fatigue à un genou, sans que cela ne soit en aucun cas une excuse à ma contre-performance.
 

ERPT :
Pour en finir avec notre page santé, tu sais donc que tu va avoir des soucis, mais tu continues le Ping ?

Thomas Bouvais : Bien sûr. Je vais droit devant moi, je fonce. Je sais que je vais encore être blessé, mais le Tennis de Table est mon moteur dans la vie, c'est ce qui me fait vivre au niveau moral. Pas question d'arrêter.

 

ERPT :
Tu étais la seule personne de petit taille à Rio dans la délégation tricolore, tu en connais les raisons ?

Thomas Bouvais : A vrai dire, je ne me suis jamais posé la question. Il me semble qu'au Ping, j'étais le seul aussi toutes nations confondues. Peut-être que certains considèrent qu'il est difficile d'entrer dans le monde des valides. Les entraînements sont durs c'est vrai parce qu'à la table on ne fait pas de différence. Et puis, il faut dire qu'à l'exception de la natation, l'athlétisme et l'haltérophilie (classe par poids de corps et non par handicap), il n'y a pas de classe spécifique pour les personnes de petite taille. C'est difficile de s'identifier. Moi c'est l'esprit de compétition qui me fait avancer, alors c'est le haut niveau que je recherche, peut importe la taille.
 

ERPT : Revenons à Rio, que retiendras-tu de ces jeux ?

Thomas Bouvais : Une très grosse déception de ne pas avoir ramené de médaille. J'ai été très content pour les copains qui ont réussi mais il restera toujours cette amertume de la défaite. De plus, avec un programme si large dans le temps, je n'ai pu « m'évader » du village paralympique qu'une journée, pour découvrir Rio c'est peu. Nous sommes une équipe soudée, alors nous allons tous les jours à la salle pour encourager les copains, mais j'ai fait de très belles rencontres amicales, même si j'aurais bien aimé aller voir d'autres sports. Les Jeux Paralympiques c'est comme Disneyland pour un enfant, tu en rêves à partir du moment que tu as ta qualification en poche.

 

ERPT : C'est reparti pour une olympiade qui nous emmènera à Tokyo, dans quel état d'esprit es-tu ?

Thomas Bouvais : Dans quatre ans, j'aurais plus d'expérience, donc je vise d'ors et déjà une médaille. Je vais travailler aussi avec un préparateur mental pour obtenir ce petit plus indispensable dans le haut niveau. C'est parti pour 4 ans de déplacements, de performances et de surveillance de près des critères de qualification, on a peu le droit à l'erreur.

 

ERPT : Quels sont tes objectifs cette année ?

Thomas Bouvais : Déjà de me qualifier pour les championnats d'Europe (26 Septembre-5 Octobre à Lazkö (Slo) ). Il faudra être dans les 4 meilleurs européens pour être certain d'y être (Thomas est pour l'instant 4ème). Il va falloir aller à la pêche aux points dans les étapes de coupe du monde partout dans le monde. En ce qui concerne les championnats du monde par équipe, cela risque d'être difficile puisque nous sommes regroupés classe 6-8 , pour des gens de classe 8 comme moi, c'est extrêmement difficile de performer contre les classes inférieures.

 

ERPT : On sait que tous les déplacements, les frais d'engagement et autres sont entièrement à votre charge. N'est on pas tenté dans une année comme celle-là de faire moins de tournois ?

Thomas Bouvais : Non parce que tu peux vite descendre au classement mondial, et après pour y rentrer de nouveau c'est trop difficile. On s'inscrit dès maintenant pour les tournois de coupe du monde en payant des arrhes, donc même si on est bien dans nos catégories, on s'y rend quand même pour ne pas perdre d'argent, et puis de toute façon, moi j'aime la compétition et les voyages !


ERPT :
Cette saison, tu as changé d'entraîneur, est ce un risque ?

Thomas Bouvais : Déjà il y a de bons entraîneurs à Eaubonne. Mon entraîneur précédent est parti à Grand Quevilly, donc ce n'est pas trop loin, je vais de temps à autres faire une séance là-bas, et puis je vais essayer de tourner plus dans d'autres clubs de la région parisienne pour jouer contre d'autres joueurs. Tout va bien. En plus avec mon club d'Eaubonne, je joue les interclubs de Nationale 3 donc on parcourt la France et je rencontre d'autres super joueurs.


ERPT : Comment fais-tu pour financer ta saison sportive ?

Thomas Bouvais : J'ai la chance d'être soutenu par le Conseil Général du Val d'Oise qui m'accorde une bourse depuis 8 ans maintenant. Je bénéficiais même d'un emploi du temps aménagé en travaillant pour eux. Malheureusement ce n'est plus faisable, je recherche donc un contrat de sportif de haut niveau avec une entreprise. J'ai quelques touches mais rien de concret pour l'instant.

 

Merci à Thomas pour sa franchise et toute la passion qu'il met au service de son sport, passion communicative pour le moins. Nous le retrouverons au fur et à mesure de la saison pour détailler les résultats de tous les pongistes tricolores.


 

Fabien d'ERPT

Article précédent Article suivant

bordure verte

Et vous, qu'en pensez-vous ?

bordure verte

A lire aussi

Kevin Dourbecker Les Jeux de 2024 sont chez moi

Publié le 21/09/2017 dans la catégorie Interviews

Terezinha Guilhermina: l'interview exclusive

Publié le 30/11/2014 dans la catégorie Interviews

bordure verte

A propos

@ERPTokyo :

bordure verte

Pendant ce temps :

3 versions pour un booktrailer
PAPIs, Real-world machine learning stories
Refonte du site Diaphonique.org
Etude de cas : Le Cri
Les Rencontres Innovations et Galien 2017
De la cour au jardin
Islanova, exemple d'une communication digitale
Planète graphique

Toute l'actualité de JD²