En route, de Rio à Tokyo

Stéphane Molliens le parcours d'un pongiste sans concession mais pas sans humour

Publié le 25/01/2017 dans la catégorie Interviews

A 42 ans, Stéphane Molliens a tout gagné dans sa carrière. Champion Paralympique, du Monde et d'Europe par équipe notamment, le natif d'Arras veut maintenant donner un tour diffèrent à son activité dans le Ping tout en restant auprès de « ses copains » de l’équipe de France.
Retour sur un entretien riche et particulièrement agréable.

ERPT : Stéphane, comment en es-tu venu à la pratique intensive du Tennis de Table ?
Stéphane Molliens : Je suis quelqu'un qui fonctionne aux rencontres. Donc, tout naturellement, ce sont des rencontres qui m'ont amener là aujourd'hui. Tout d'abord, celle d'avec le prof de Maths de ma sœur, président d'un club de Tennis de Table, qui savait que je faisais du sport et qui m'a proposé de venir essayer. C'était ludique, l'ambiance plutôt bonne donc j'ai accroché et j'ai commencé à augmenté ma dose d'entraînement de manière exponentielle mais par touches homéopathiques.
J'ai ensuite rencontré un entraîneur du staff de l’équipe de franque qui m'a dit : « Viens avec moi, je peux faire de toi un champion », j'ai suivi.

ERPT : On a beaucoup de mal à imaginer ce qu'implique la vie d'un pongiste handisport de haut niveau, tu peux nous en dire plus ?
Stéphane Molliens : Elle est faite de compromis et de sacrifices. On change de clubs, on s'entraîne beaucoup, du coup on voit peu sa famille et ses amis. Par exemple, après les Jeux d'Athènes, j'ai vu que ce que je faisais était insuffisant pour le plus haut niveau, il a fallu chercher à progresser. Et c'est pareil après chaque Paralympiade ! Il faut accepter tout ça, sinon on ne progresse plus. Et moi, même à 42 ans, j'estime que j'ai encore des choses à apprendre. C'est quand même parfois compliqué de trouver un bon équilibre, généralement ça vient avec l'âge (sourire).

ERPT : A Rio, on a senti que le groupe des joueurs était très concentré sur son objectif de médailles, mais aussi parfois très détendu. Quelle est l'ambiance au sein de l'équipe ?
Stéphane Molliens : Déjà ce qu'il faut savoir, c'est qu'on est un vraie bande de fous ! Ça chambre tout le temps, on est toujours prêt à donner de notre personne pour faire des blagues. Attention, on est aussi rigoureux, et on profite d'une bonne organisation, mais on est pas aux jeux pour faire la gueule. C'est une chance extraordinaire de pouvoir montrer à notre famille, nos amis, qui ont fait de gros sacrifices pour venir nous voir, notre passion. Après, plusieurs petits éléments ont fait qu'on a peut-être pas toujours été très accessibles.

ERPT : On t'a senti très protecteur avec Mathéo Bohéas, le benjamin de l'aventure.
Stéphane Molliens : Tout le groupe l'a entouré pas seulement moi. C'est un devoir aussi pour nous d'accueillir le mieux possible les jeunes qui intègrent l'équipe de France. On souhaite tous le meilleur à Mathéo, c'est un jeune bien !

ERPT 
: Cependant, la relève semble tarder à arriver, tu as un explication ?
Stéphane Molliens : Tout n'a pas sans doute été fait au niveau de la détection et de la montée en puissance de jeunes pongistes depuis Pékin. On a accumulé du retard sur les autres nations mais ce n'est pas perdu. On a évidemment besoin de concurrence au niveau national pour évoluer. C'est difficile pour un jeune à l'heure actuelle de percer. Ne serait ce que pour se déplacer et s'inscrire dans les compétitions internationales. Il faut qu'on sorte tout de sa poche, et pour quelqu'un qui débute c'est très difficile.

ERPT : On a pu ressentir quelques tensions entre les joueurs et le staff, qu'en est-il exactement ?
Stéphane Molliens : On ne peut pas le cacher, c'est sûr que les derniers stages ne se sont pas idéalement passés. Maintenant, il ne faut pas se tromper de combat. Nous sommes tous des adultes qui pouvons très bien nous réunir autour d'une table et trouver des compromis pour avancer ensemble. Il faut que les joueurs soient plus impliqués dans les organisations. Nous n'avons pas des doléances de dingues non plus. Évitons simplement de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. Le Tennis de Table fait partie des sports référents de la Fédération Handisport, je pense qu'on peut vraiment bien s'entendre. Tu sais, c'est déjà très difficile pour nous de nous qualifier pour les grosses compétitions internationales, on vit avec une épée de Damoclès au dessus de la tête en permanence, parce que pour nous, c'est la clef du succès. Moins de résultats, moins d'argent ! On a tous une volonté de fer pour aller au bout de nos possibilité. Les stages de l'équipe de France ne doivent pas être uniquement des rassemblements. Ils doivent s'inscrire dans notre développement, il faut qu'on nous fasse confiance, on se connaît parfaitement.

ERPT : Qu'est ce que sera l'année 2017 pour toi ?
Stéphane Molliens : Au départ, j'avais prévu d'arrêter après Rio. Mais il faut que je me désintoxique petit à petit. Et puis j'ai toujours la foi. Je ne referais plus la même préparation que pour les jeux c'est sûr, mais j'ai toujours autant envie de sortir en compétition, d'encourager mes coéquipiers de vibrer. Et puis, je suis déjà sélectionné à la fois pour les Championnats du Monde par équipe et pour les Championnats d'Europe, et ce serait irrespectueux par rapport à tous ceux qui se battent pour y aller, de refuser la sélection. On va placer cette fin de carrière sous le signe du plaisir ! On verra année par année, ce que je fais mais je ne m'éloignerais pas du Ping.

ERPT : Justement, comment l'imagines-tu cette après-carrière ?
Stéphane Molliens : Je veux rendre au Tennis de Table ce qu'il m'a donné. Je crois beaucoup en la transmission. Les conseils des anciens m'ont beaucoup apporté dans ma carrière, je veux faire la même chose. Je m'occupe, à Montpellier d'un jeune prometteur. Je vais l'accompagner à un tournoi à Barcelone, sans jouer moi-même, pour lui transmettre tout ce que je peux.

ERPT : Dernière question « extra sportive ». Toi qui a connu les Jeux d'Athènes, de Pékin, de Londres et de Rio, comment juges-tu l'évolution médiatique du Handisport ?
Stéphane Molliens : Très positive, En 12 ans, c'est pas long 12 ans, on est passé d'un résumé de 5 minutes à Athènes à 10 h de direct par jour à Rio. On a un gros atout, le Handisport n'est pas vu comme un sport business. On est encore sur les valeurs de passion, de courage et c'est le fondement de l'Olympisme. Les gens trouvent leur compte dans les images diffusées. De toute façon, l'évidence est que c'est la télévision qui dicte le rythme de notre médiatisation.

Un grand merci à Stéphane pour tout ce temps accordé ! Encore une belle rencontre.

 

Fabien d'ERPT

Crédit Photo: Stéphane Molliens

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