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Emmanuelle Assmann invite le paralympisme dans la campagne présidentielle

Publié le 06/04/2017 dans la catégorie Interviews

Si on ne présente plus Emmanuelle Assmann, on rappellera simplement qu'après une carrière d'escrimeuse fauteuil, elle a intégré les instances dirigeantes pour tenir actuellement le poste de Présidente du Comité Paralympique du Sport Français. Celle qui ne considère son degré d'invalidité que comme un chiffre, essaye de remplir des défis et de se surpasser dans tout ce qu'elle entreprend dans les limites physiques d'un corps qu'elle connaît parfaitement.

Il y a quelques jours, embêtée pour ne pas dire ulcérée de l'absence du handicap et du sport dans la campagne présidentielle, elle a décidé de publier une « lettre ouverte » aux candidats sur le journal « LIBERATION ».
Nous avons eu la chance de pouvoir comprendre cette intervention après un long entretien dont nous vous écrivons les meilleures lignes ci dessous.

Emmanuelle Assmann aux coté de Gérard Masson président de la FFH

 

Pourquoi cette intervention ?

« Tout d'abord, je ne parle du Paralympisme que comme d'une des diversités du sport au même titre que le sport féminin par exemple. Je parle du sport en général, c'est dommage qu'on en parle pas ou peu. Le sport est un véritable vecteur de partage, de diversité et d'émotion ! L'émotion c'est ce qui créé du lien. Pour l'anecdote, j'ai un grand souvenir de la victoire des bleus en 98. Je n'aime pas du tout le football, mais je suis allée au stade pour partager cette émotion. On a parlé avec des gens qu'on ne connaissaient pas, on a partagé, et le sport permet ça ! Et puis le sport c'est la vie, on apprend à se dépasser, à évoluer en équipe, à gagner, à perdre. Il faut remettre le sport en bon ordre à l'école et encore plus pour les enfants en situation de handicap.
De manière encore plus générale, dans une société où on passe son temps à opposer les uns aux autres, le sport est un vecteur de rassemblement. On peut parler avec tout le monde, avoir de la joie de partager et d'être tous au même niveau.
Je parle de sport, mais si on pouvait faire la même chose avec la culture, je suis sûre que c'est possible, ce serait tout bénéfice pour la société. Et puis il faut arrêter le clivage du sportif sans tête et du cultureux sans jambes »

Le paralympisme à l'école

« Il y a plusieurs chantiers à mener. Tout d'abord tordre le coup à l'idée que ça demande beaucoup de moyens matériels, et donc que c'est trop coûteux pour peu d'élèves. Ensuite, les professeurs sont déjà formés, pas assez sans doute, mais ils ont une base pour enseigner. Et puis, il faut faire preuve de pédagogie auprès des parents (cela vaut aussi pour les élèves valides), le sport n'est pas dangereux, il faut faire confiance aux professeurs ! Enfin, il faut aussi que les médecins cessent de systématiquement écrire des certificats de contre-indication à la pratique sportive à part bien sûr quand cela s'impose en cas de blessure ou de risque, les jeunes en situation de handicap peuvent faire du sport et ainsi se faire plaisir »

Les infrastructures du paralympisme


« Je n'aime pas trop la tendance actuelle à vouloir insérer les handisportifs dans des clubs valides systématiquement. On doit pouvoir proposer une carte plus large. Pour reprendre mon exemple, après mon accident, en centre de rééducation, on a pris le temps de m'apprendre à me réapproprier mon corps par la pratique sportive comme la natation, mais aussi on m'a appris à me déplacer en fauteuil et à descendre des marches par exemple. Aujourd'hui, on ne prend plus le temps de faire ça sans doute pour des raisons économiques. Ensuite quand j'ai commencé à refaire du sport, j'ai cherché à pratiquer avec d'autres handicapés, tout simplement pour avoir des réponses à mes questions au-delà du sport, sur la façon de vivre au quotidien. Quand j'ai commencé à me sentir bien à l'escrime, c'était le contraire, je voulais pratiquer avec les valides pour progresser. Enfin, maintenant pour une pratique « santé, bien être », je suis des cours de yoga avec des valides, et cela se passe très bien avec une enseignante qui me donne juste des exercices différents à faire quand physiquement je ne peux pas faire ceux des autres. Il faut une offre diversifiée, pour que tout le monde s'y retrouve ».

Le sport c'est moderne et utile


« Le sport a toujours été un précurseur dans la société. Prenons l'exemple des Jeux Olympiques : qui d'autres réussi à rassembler pendant 15 jours plus de 200 nationalités différentes dans un même lieu sans conflit ? Et pourtant il y a des religions différentes, des races différentes, des hommes, des femmes et tout ça vit bien ensemble. Il faut vraiment s'intéresser et donner les moyens au sport »

Les réponses ?

« Je n'en ai pas eu, mais je m'y attendais. J'ai entre-ouvert une porte pour au moins poser le débat sur la table. On mène des bataille et celle ci en est une. Il faut passer par une politique de quotas pour les handicapés même si je suis contre ça. Au moins cela permet de lancer les batailles. C'est une lutte du quotidien pour imposer le sport comme une des solutions véritables à nos soucis de société. Je suis confiante en l'avenir, j'ai pu rencontrer le Docteur Younouss, prix Nobel de la paix, le chantre de l'investissement solidaire et social. Il y avait des tas de jeunes entrepreneurs à qui on a dit, malgré leurs origines modestes, qu'il pouvait réussir avec la mise en pratique d'une idée. Et cette attitude se diffuse maintenant dans le monde entier. Même au niveau de la candidature de Paris 2024, il y a des fois où je n'ai même plus à intervenir pour rappeler que le paralympisme doit être considérer dans les projets »  

Nous remercions Emmanuelle Assmann pour sa disponibilité et sa franchise tout au long de cette entretien. Nous la retrouverons très bientôt pour parler de Paris 2024 dans un dossier spécial en cours de préparation.


Fabien d'ERPT

Crédit Photo: Fabien Ferré

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