En route, de Rio à Tokyo

Handisport et confinement

Publié le 01/05/2020 dans la catégorie News

Alors que nous sommes tous en confinement, depuis plus de 40 jours, nous nous sommes demandés comment les athlètes handisport s'adaptaient à cette situation.

Nous sommes donc partis  à la rencontre de certains d'entre eux, par écrans interposés bien sûr, pour leur poser quelques questions.

 

Pour cet article, nos experts du jour sont Justine Doucet, athlète en devenir spécialiste du sprint et de la longueur, le sprinteur Lillois Dimitri Jozwicki, le tireur roi du Yala Elias Semaan, le buteur Belge Kevin Vanderborght et enfin Cécile Hernandez pour le sport d'hiver.



Crédit Photo : Kevin Bardon

 

Moralement, tous nous ont assurés qu'ils vivaient plutôt bien le confinement, mais ils sont aussi d'accord pour dire que ça commence à être long. Elias Semaan nous rappelle qu' « On doit en passer par là si on veut reprendre une vie normale. On peut se passer de deux ou trois mois de sport pour permettre à tout le monde de reprendre en toute sécurité et envoyer des Yalaaaa ». Pour Dimitri Jozwicki, l'annonce des reports ou annulations successives des compétitions a été difficile à encaisser, notamment ceux des jeux paralympiques, « Tu te dis que tu étais sur le point de te qualifier puis que ça te passe sous le nez, mais j'ai très vite repris le dessus en me disant que ça ferait un an de plus pour me préparer, être plus fort et avoir des objectifs plus élevés. Aujourd’hui, je le prend plus positivement. L'important étant d'abord de prendre soin des siens ». Chez Kevin Vanderborght, le temps semble s'écouler au ralenti, « pour quelqu'un de quasiment aveugle comme moi ce n'est pas une chose aisée. Difficile de faire des mots croisés, Puzzles, Jeux Vidéo [et autres]. Heureusement, les appels téléphoniques par exemple, les jeux de société ou quiz par téléphone avec mon ami Loïc Simon et sa famille, me changent les idées. J'en profite aussi pour me replonger dans d'anciens événements sportifs à travers des articles et vidéos. Le plaisir de revivre des grands moments de sport avec une certaine nostalgie. Même s'il m'arrive, comme tout le monde, de trouver le temps long, je ne veux pas me plaindre et je me sens privilégié par rapport à beaucoup d'autres. ». Du coté des Pyrénées, Cécile Hernandez semble profiter de ce moment pour « me ressourcer, me régénérer, prendre le temps. Après ma blessure de janvier, j'avais besoin de repos et ce confinement m'oblige à le prendre donc le moral est au beau fixe ».

 

Crédit Photo : Justine Doucet Instagram

Cette crise sanitaire pose d'autres problèmes à nos champions, Justine Doucet nous confie qu'il est difficile d'avoir dû « arrêter le sport et les séances de kiné d'un coup. Mon handicap se fait un malin plaisir de se rappeler à moi et de me le faire payer. J'ai commencé à ressentir des douleurs que j'avais oubliées avec l'activité physique et le sport ». Et si le confinement peut avoir des conséquences physiques, ce n'est pas tout. Elias nous dit que le manque d'interactions sociales commence à se faire ressentir « On ne voit personne à part en visio, les contacts humains sont très importants et pas seulement pour les sportifs de haut niveau ». Dimitri, lui, est plus gêné par des problèmes techniques et matériels causés par le confinement « Le plus gros souci, c'est plutôt un souci matériel, parce que pour le reste tu peux courir chez toi. Mais au delà de ça, je vois ça plutôt comme une occasion de m'améliorer, d'avoir du temps en plus pour être meilleur, plus rapide, plus fort ». Alors que du côté de la Belgique, le plus difficile semble de devoir supporter le comportement de certains irresponsables « je suis peut-être trop terre à terre mais le nombre de victimes que fait ce maudit virus chaque jour, partout dans le monde, fait froid dans le dos. Et entendre qu'une minorité de personnes inconscientes ne respectent pas les mesures mises en place par les différents gouvernements me rend fou de rage, surtout quand on se rend compte du formidable travail des services hospitaliers ».

Crédit Photo : Jonathan Divers

Les conditions d’entraînements de chacun sont différentes, la discipline, les objectifs ou les barrières géographiques jouent un rôle important, encore plus qu'habituellement. « J'essaye de m'entretenir physiquement du mieux possible en faisant du vélo à bras et des exercices de musculation. Mais le vrai entraînement c'est mentalement, face au frigo * rire * » nous confie le tireur franco-libanais. Pour Justine, l’entraînement confiné rime avec supplice, « Pour moi le but est de ne pas perdre mes acquis, donc je fais du renforcement musculaire, d'habitude je déteste ça, mais là je dois m'y contraindre ». Du côté de Lille, le sprinteur adapte ses entraînements comme il le peut « j'ai la chance d'avoir une ligne droite plate de 150 mètres dans ma rue, j'ai tracé, à la craie, des lignes tous les 10 mètres pour transformer ma rue en véritable piste d'athlétisme. Je fais toujours 5 séances par semaine, le but étant aussi d'entretenir mes qualités». Il nous confie même son arme secrète pour passer outre le manque de matériel de musculation, « Packs d'eau, bidons, manche à balai, on fait avec les moyens du bord. Avec le club on n'a pas pu anticiper ce confinement, alors ce qui manque c'est le matériel de musculation pour entretenir la masse musculaire notamment pour travailler avec des charges lourdes. Je peux compter sur coach Arwen (NDLR : sa compagne), elle est pas trop sévère avec moi, au contraire elle est plutôt aidante, puis elle me sert de barre de muscu, alors je ne dirais pas le poids pour que ça reste confidentiel mais j'ai une barre avec un peu plus de poids qu'un manche à balai * rire * ». Pour ce qui est du cécifoot, c'est plus compliqué pour Kevin « Il est vraiment difficile de s’entraîner dans de bonnes conditions, puisque qu'il est interdit de s’entraîner collectivement, ou d'aller à la salle de sport. De temps à autre je m'exerce à quelques conduites de balle chez moi, ou à faire des balles au mur pour garder le contact avec le ballon et la discipline qui me semblent si éloignés en ce moment ». Cécile Hernandez nous assure que pour elle, le confinement ne la perturbe pas trop dans ses entraînements quotidiens, mais qu'elle a un peu modifié sa routine « confinement oblige, je ne suis plus sur de la force mais sur de l'endurance de force. J'ai mis du cardio, chose qu'on ne fait pratiquement jamais et je m'éclate, c'est dur mais ça fait vraiment plaisir d'avoir des séances d’entraînements où tu rigoles, tu t'éclates. Il me tarde déjà de reprendre la neige, prévu pour cet été ».

Crédit Photo : Dimitri Jozwicki Instagram

Nous pensions naïvement que pour le sport d'hiver, l'impact (après l'annulation précoce de la fin de saison 2020) serait moins important mais Cécile nous rappelle que non parce que même si la saison reprend plus tard, ils doivent être prêts « dès le retour sur la neige, [qui] est peut-être prévu en Juin à Val D’Isère, donc oui la saison reprend plus tard, en Novembre sur les premières étapes de Coupe du Monde, mais quoi qu'il en soit on doit être prêt pour les entraînement du mois de Juin ».

 

Mais comme dans toutes mauvaises choses, il y a du positif à en retirer, Dimitri nous assure que ce confinement a eu un coté positif sur sa vie privée (à moins que ça ne soit pour se rattraper de ses précédents propos sur sa barre de musculation humaine) « avec ma copine on vit très bien ce confinement, parce qu'avec le travail et le sport on ne se voyait pas beaucoup. Donc là c'est l'occasion de se retrouver ensemble, même si on ne peut pas faire les sorties et les restos qu'on voudrait ». Quant à Elias, lui y voit plus un espoir, l'espoir qu'on se rende tous compte de ce qui devrait être évident « Si ça peut nous permettre de nous rendre compte de la valeur inestimable de tout le personnel hospitalier, et de leur donner les moyens nécessaires de faire leur travail en toute sécurité, cette crise aura au moins eu ce point positif ». Cécile Hernandez veut profiter d'être bloquée à domicile pour « passer du temps avec ma fille et avancer sur des choses sur lesquelles habituellement je n'avance pas par manque de temps ».


Crédit Photo : Fabien Ferré

 

Aujourd'hui, personne ne peut dire quand nous pourrons reprendre une vie « normale », pour autant nous leur avons demandé s'ils se projetaient déjà dans l'avenir et vers une reprise. Sur ce point, tous sont d'accord, entre l'envie de se projeter et l'inconnu de quand ce sera possible. « Je parle souvent de la reprise et de la saison prochaine avec ma mère, qui est mon premier soutien. Des changements qu'il y aura, ou pas, ça me permet de voir l'après confinement et de rester motivée à faire du sport. Mais réellement, me projeter c'est un peu compliqué parce qu'on ne sait pas vraiment ce qui va se passer après le confinement. Une chose est sûre, j'ai vraiment hâte de commencer la nouvelle saison » nous confie Justine. Dimitri essaye d'envisager la suite mais reste prudent, « le plus difficile c'est qu'on ne sait pas quand aura lieu la reprise, quand est-ce-qu'il faudra être prêt. Alors on sait qu'il faudra l'être pour les Jeux en 2021 si la crise sanitaire est réglé d'ici là. Mais il y a beaucoup d'inconnues, on ne sait pas si les championnats d’Europe seront annulés, donc faut être prêt pour les jeux mais avant faut se qualifier sans savoir quand tu le pourras ». Même dans ce moment difficile, le Nordiste ne veut rien laisser au hasard et veut être prêt à tout moment pour viser le sommet paralympique, « Je ne veux pas être aux Jeux pour être l'éternel finaliste, l'idée c'est d'avoir des objectifs plus ambitieux pour 2021. J'ai l'expérience d'avoir un entraînement un peu en solo, que j'avais avec mon ancien entraîneur avec qui je m'entends toujours très bien (NDLR : Julien Reb). J'ai l'habitude de m’entraîner seul, où je peux, comme je peux. Et l'expérience de ma longue blessure m'aide aussi à gérer ces conditions particulières ». Elias, lui, veut une reprise mais pas à tout prix, « En escrime on est déjà masqué et à distance réglementaire ça devrait aller * rire * , non plus sérieusement le plus important c'est de reprendre dans des conditions sûres, sans se presser ». Kevin nous rappelle que pour le cécifoot, ça sera peut-être plus compliqué, un sport collectif avec des contacts, c'est forcément moins simple de respecter les gestes barrières. « Effectivement beaucoup de questions restent sans réponse, nous venons d'apprendre par les instances du cécifoot que la saison 2020 serait blanche. Comment et sous quelles conditions pourrons nous reprendre les entraînements ? Serais-je encore Lensois la saison prochaine ? (NDLR les déplacement Belgique/France étant plus compliqués pendant cette crise). Un port du masque sur le terrain me semble impossible tant il est important de se signaler au cécifoot. Je dois encore en discuter avec le staff du RC Lens pour savoir ce qu'il sera possible de faire car je me vois mal à mon âge rester 6 mois voir un an sans jouer ». Du coté du Snowboard, Cécile semble plus motivée que jamais pour la prochaine saison, « Je me projette sur une reprise, bien sûr ! La fédé et la commission de Snowboard réfléchissent à cette reprise prévue pour l'été. On attend les informations officielles des stations mais oui j'ai trop hâte d'être sur la neige pour voir comment les petites variantes qu'on a mises en place à l’entraînement vont matcher sur la neige ».

 

Nous profitons de ce papier pour apporter tout notre soutien à ceux qui se battent pour nous sortir de cette crise. Nous pensons à toutes les personnes isolées, à tous ceux qui ont été touchés de près ou de loin par le virus. Faites attention à vos proches et soyez sage.


Kevin d'ERPT

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